Histoire
La section d’Edmonton de l’Association nationale tchécoslovaque au Canada, comme notre organisation s’appelait à l’époque, a été fondée le 18 juin 1939 en tant que section numéro 21. Selon un article du premier président, Emanuel Zima, publié dans l’Almanach de la Tchécoslovaquie au Canada, édité en 1943, Edmonton était alors une ville plutôt agricole, avec très peu d’industrie, à l’exception de quatre grands abattoirs. À ce moment-là, la ville comptait environ 125 000 habitants. Les quatre premières familles d’origine tchécoslovaque se sont installées à Edmonton en 1900. Après 28 ans, on comptait douze familles établies de façon permanente, et même en 1943, seulement 25 à 30 familles vivaient encore dans la ville et ses environs. Les compatriotes célibataires ou ceux ayant laissé leur épouse au « pays d’origine » ne faisaient que passer à Edmonton. Ils se dispersaient ensuite pour aller travailler dans les fermes environnantes, les camps forestiers ou les mines de charbon. Les plus entreprenants chassaient le gibier ou cherchaient de l’or.
Ce n’est qu’en 1938 que les membres de la communauté ont commencé à mieux se connaître et à se regrouper. Après les Accords de Munich, la section d’Edmonton a commencé à organiser des soirées maison avec des collectes de fonds pour soutenir le mouvement de libération. En 1940, la section a accueilli une délégation du siège central de Toronto, composée de Karel Buzek et Pavel Klímek. Une assemblée communautaire a eu lieu dans la salle nationale slovaque dans la banlieue de Beverley, où les invités ont parlé du rôle de l’Association nationale et ont encouragé les compatriotes à s’impliquer davantage. Le 16 octobre 1941, Edmonton a accueilli le sénateur Vojta Beneš, frère du président Edvard Beneš. Son discours a été diffusé à la radio. Le 28 octobre 1942, la station locale CFRN a consacré plus d’une heure de diffusion à une cérémonie tenue à la salle polonaise à l’occasion de la visite d’une mission militaire tchécoslovaque. Cette mission était dirigée par le lieutenant-colonel de l’aviation Jan Ambruš et le premier lieutenant de l’armée de terre Rudolf Nekola, accompagnés du secrétaire général de l’Association nationale tchécoslovaque, Karel Buzek. Le but de cette mission était d’informer les groupes communautaires de tout le Canada sur les événements dans la patrie. Même si la majorité des immigrants n’avaient pas encore la citoyenneté canadienne, plusieurs se sont portés volontaires pour l’armée canadienne à l’issue de ces rencontres. Le soutien à l’effort de guerre canadien représentait un volet important du programme de l’Association durant cette période troublée. À Edmonton, on a recueilli des fonds pour l’achat d’un avion de chasse « Spitfire » ainsi que pour la Croix-Rouge canadienne. Une collecte a aussi été organisée pour un « fonds de cigarettes » destiné aux soldats au front. Sur le plan culturel, les compatriotes ont impressionné le public canadien avec un concert du violoniste Jan Kubelík.
Nous n’avons pas accès à des archives détaillées concernant les années d’après-guerre. Cependant, nous savons qu’en 1968, le président de la section était M. Schoengut. Plusieurs réfugiés de la grande vague migratoire de cette année-là, à laquelle notre siège central a contribué par son intervention auprès du gouvernement canadien, se souviennent encore d’Emanuel Zima, mentionné plus haut, qui les accueillait dans leur nouveau pays et les aidait autant qu’il le pouvait. En 1969, John Holub a pris la présidence de la section. L’actuel président honoraire, le Dr Jiří Krupička, se souvient d’une délégation menée en 1969 par John Holub, composée de Jiří Krupička et du célèbre acteur et producteur Vladimír Valenta. Cette délégation a été reçue par le premier ministre de l’Alberta, Harry Strom, et plusieurs membres de son cabinet, qui ont exprimé leur intérêt pour les expériences des deux hommes dans les prisons communistes. Par la suite, une conférence des délégués de groupes ethniques a eu lieu à la résidence officielle du lieutenant-gouverneur. Le gouvernement albertain a alors décidé de soutenir le multiculturalisme, tel que promu par le sénateur d’origine ukrainienne du Manitoba, Paul Yuzyk, environ six mois avant que le gouvernement fédéral ne le fasse.
Du 1er décembre 1969 au 31 décembre 1975, Vladimír Valenta a publié à Edmonton son journal Telegram, auquel il a réussi à faire collaborer les époux Škvorecký. Cette publication littéraire et politique a survécu grâce à l’énergie de son fondateur, aux contributions de ses amis et à des dons occasionnels. Parmi les collaborateurs, on retrouvait, en plus de Josef Škvorecký, Mojmír Povolný, Vladimír Krajina, Jan Beneš, Ota Ulč, Václav Majer et d’autres. À Edmonton, Milan Vosáhlo a travaillé en étroite collaboration avec lui. Lors de l’assemblée annuelle de la section le 1er mars 1971, Antonín Anděl a été élu président et Martin Skála, secrétaire. Cette même année, le 15 décembre, une section locale de la Société tchécoslovaque des sciences et des arts (SVU) a été fondée à Edmonton. Ivo Moravčík en est devenu le président. Le groupe a commencé ses activités en projetant la série historique de l’ONF Struggle on the Border. Outre la projection de films, la SVU organisait aussi des conférences spécialisées sur divers sujets. En 1973, grâce aux efforts du couple Stříbrný, la section d’Edmonton de l’Association tchécoslovaque au Canada (ČSSK) a organisé au Musée provincial une exposition sur la Tchécoslovaquie, présentant son histoire, son architecture et son folklore. Jaromír Stříbrný a été président de la section pendant la majeure partie des années 1970 et la première moitié des années 1980. En parallèle, les compatriotes se réunissaient aussi en dehors de l’Association. À cette époque, des soirées dansantes étaient organisées par un groupe trappeur et des Slovaques, des matchs de soccer, de hockey et de volleyball avaient lieu, et les volleyeurs jouaient jusqu’à trois fois par semaine. On note aussi la visite du célèbre auteur-compositeur-interprète Karel Kryl.
